théâtre // Onder de vulkaan

Visibles visions

Le metteur en scène belge Guy Cassiers parvient à adapter l’inadaptable. Onder de vulkaan, d’après le roman-culte de Malcolm Lowry, abolit, grâce à l’image et au son, les frontières entre les mondes intérieur et extérieur.
article publié dans le magazine novo

Alcool, aventure et littérature. Ces trois passions ont créé la légende Malcolm Lowry, au-delà même de son œuvre… Ceux qui se sont donné la peine de le lire savent avec quelle intensité elles convergent dans son livre-culte, Au-dessous du volcan, paru en 1947. Un récit largement autobiographique où se bousculent les références littéraires, philosophiques, mythologiques, cinématographiques et musicales. Un livre-monde tellement dense qu’il a occulté le reste de ses écrits, parus pour la plupart de façon posthume. Au-dessous du volcan, autre Chronique d’une mort annoncée, raconte la dernière journée, la fin tragique et pathétique de Geoffrey Firmin, ex-consul dévasté par l’amour et l’alcool. Le jour de la fête des morts, assailli de remords et de visions cauchemardesques, il verra surgir les fantômes du passé aussi bien que ceux de Dante ou de Tolstoï… Considéré comme inadaptable du fait de la multitude de décors, de l’importance des descriptions et du croisement incessant entre réalité et hallucinations, il le fut pourtant une première fois au cinéma par John Huston en 1984. C’est peut-être cette difficulté qui fait du texte de Lowry un matériau théâtral particulièrement intéressant. Il oblige le metteur en scène à une réelle adaptation, échappant d’emblée à la simple transposition. Exit, la tentation des décors exubérants et de l’exotisme…
Ce n’est de toute façon pas le langage de Guy Cassiers, qui renonce, justement, à tout décor et place ses acteurs devant un mur, à la fois vitre et écran, où les images évoquent tantôt la géographie de l’action, tantôt le monde intérieur du consul. Le texte, adapté par l’immense Josse de Pauw qui incarne aussi le consul, se recentre sur les dialogues et la mise en scène, sur les comédiens qui, équipés de micros, évitent le piège de la profération qui nuit souvent à l’intensité. Cassiers, habitué aux adaptations de romans (Hiroshima mon amour de Duras, Au bois lacté de Dylan Thomas, À la recherche du temps perdu de Proust ou la trilogie autour de L’Homme sans qualités de Musil), use encore une fois des « nouvelles technologies » pour ouvrir au théâtre d’infinies possibilités et faire fi des lois dramaturgiques historiques imposées, selon lui, par les limitations techniques. Il rend ainsi palpable, sur une scène de théâtre, la confusion qui règne, dans l’esprit du consul et dans le roman de Lowry, entre la réalité et le monde intérieur.

Sylvia Dubost

Onder de vulkaan, mise en scène Guy Cassiers
du 15 au 19 février au Théâtre National de Strasbourg
Photo : Koen Broos
extraits vidéo du spectacle :

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Un commentaire pour “Onder de vulkaan”

  1. plan-neuf » Archive du blog » Agenda sélectif – février 2011 dit :

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