Face à faces
Avec Goya et Matin brun, le metteur en scène strasbourgeois Christophe Greilsammer met le comédien au plus près du public pour mieux mettre celui-ci face à lui-même.
Les deux dernières créations de la compagnie l’Astrolabe fonctionnent suivant un dispositif similaire : un texte court et percutant, un comédien seul, une grande proximité avec le public, une scénographie minimale. Matin brun, qui sera créé à l’occasion du festival Momix, s’adresse avant tout au jeune public et est plus immédiatement pédagogique. Dans un espace clos, les spectateurs assistent à une séance de diapositives, commentée par le comédien-narrateur qui décrit, dans une langue claire et simple, la lente transformation d’un pays en État brun, rejetant et enfermant tout ce qui a une autre couleur, et l’apathie avec laquelle son ami et lui se sont contentés de l’observer… jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour eux aussi. Christophe Greilsammer sort opportunément d’un presque oubli la nouvelle de Franck Pavloff, publiée en 1998 par Cheyne et qui fut pourtant le livre français le plus vendu en 2002, quand la présence au deuxième tour de Le Pen suscita une inquiétude générale… Il ambitionne d’« œuvrer à l’éveil d’une conscience citoyenne », qui a bien besoin d’un coup de main.
Si la forme du spectacle est proche, avec un comédien seul au plus près du public et un écran vidéo, auxquels s’ajoute un DJ, Goya est plus complexe. Embarqué à bord d’un bus, le public suit le débat d’idées puis le road-trip hallucinant d’un père et de ses fils à qui il veut, de gré ou de force, ouvrir l’esprit. Il dépensera ses dernières économies pour louer un taxi et les services du philosophe Peter Sloterdijk, et embarquera tout ce beau monde dans une expédition nocturne au musée du Prado, pour voir les œuvres noires de Goya. « Je préfère que ce soit Goya qui m’empêche de dormir, plutôt que n’importe quel enfoiré » lance-t-il à sa progéniture insensible à la beauté de ces peintures et à la lutte de leur père contre « la magnification, la planification, l’amoindrissement de la vie ». Comme toujours chez Garcia, c’est bavard, contradictoire, absurde, brillant… Contrairement à Matin brun, la problématique de Goya est tout sauf binaire, et la position à adopter bien complexe à déterminer…
Matin brun, le 4 février à l’espace Grün de Cernay (festival Momix)
Goya, du 9 au 11 mars à La Filature de Mulhouse (festival Trans(e))
++ trailer Goya à visionner ici // réalisation Loïc Robine
Visuel : Ramona Poenaru
Tags: cernay, christophe greilsammer, filature, franck pavloff, goya, matin brun, momix, mulhouse, rodrigo garcia, théâtre
