théâtre // Marcial di Fonzo Bo / La Paranoïa

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Photos : Christian Berthelot

La scène autrement

Comédien et metteur en scène, Marcial di Fonzo Bo est l’un des membres fondateurs du Théâtre des Lucioles, qui mène depuis plus de dix ans une aventure collective unique. Alors qu’il part en tournée avec La Paranoïa, texte de Spregelburd, il évoque à partir de quelques mots un parcours et un état d’esprit.

article paru dans le magazine novo

L’école du Théâtre National de Bretagne
« Toute l’équipe des Lucioles en est sortie il y a plus de dix ans. Elle était composée de personnes très différentes, d’artistes qui venaient s’essayer à cet exercice de la transmission et non de pédagogues comme à l’école du Théâtre National de Strasbourg par exemple. Cela nous a permis de rencontrer Claude Régy, Matthias Langhoff, des écrivains, des chorégraphes. À l’époque le TNB était très engagé sur la guerre en ex-Yougoslavie par exemple. L’école était perméable à la société dans laquelle elle se développait. »

Les Lucioles
« Nous sommes aujourd’hui huit acteurs qui ne se ressemblent pas, qui n’avaient pas à l’époque de parcours commun. Cette diversité a toujours été essentielle. La compagnie a toujours été pensée comme une plaque tournante, comme une ouverture vers les autres et vers les différentes façons de pratiquer ce métier, en étant au centre l’acteur. Certains font de la mise en scène, comme moi, Élise Vigier, Pierre Maillet… mais on se retrouve aussi ensemble sur le plateau. Ce point de vue sur la façon de préparer les spectacles est particulier à la compagnie. Même si les spectacles sont très différents, on a une envie de théâtre qui se ressemble, un goût du plateau, du plaisir de jouer, on fait des spectacles joyeux, ce qui n’empêche pas la réflexion. »

Metteur en scène / acteur
« La mise en scène a été considérée depuis Brecht comme le désir d’une personne qui réunit autour de lui des collaborateurs, des interprètes. On ne pense pas les choses comme cela. Evidemment, il y en a toujours une personne qui propose un texte : dans le cas de Rafaël Spregelburd, comme il est argentin, c’était moi. Mais la mise en scène a été signée avec Élise Vigier, avec qui on a signé les cinq-six derniers spectacles. On retrouve Pierre Maillet, Frédérique Loliée, Bruno Geslin pour la vidéo, nos autres collaborateurs. La création se fait sur le plateau avec les comédiens. Les acteurs ne sont pas seulement des interprètes, et il fallait aussi finir la traduction avec l’univers et le corps de chacun. »

Rafaël Spregelburd
« Il y avait une relation entre son écriture et la manière de travailler des Lucioles. Rafaël est un auteur, metteur en scène et comédien, il écrit ses pièces avec ses acteurs, avec des processus de travail de plusieurs mois. Cela ressemble un peu à notre façon de travailler. Par ailleurs, Rafaël écrit des formes très contemporaines, pose vraiment la question de la narration aujourd’hui, de savoir où en est le théâtre par rapport au cinéma, ce qui est ici le sujet de la pièce, entre autres. Je suis argentin, comme lui, et même si j’ai passé plus de temps en France qu’en Argentine, je ressens fortement le poids de la tradition du théâtre français, articulé autour de la beauté du texte et de son message. Le théâtre de Rafaël est à l’inverse de cela, le sens circule autrement. Et puis on associe très souvent en France et en Europe (moins en Angleterre), le sérieux au grave : ce qui est drôle ne peut être sérieux. Ce n’est pas le cas de cette pièce, qui traite de manière politique un rapport extrêmement contemporain à la réalité, une vision très lucide et forte de ce qu’est aujourd’hui la fiction. »

Engagement
« La question de la nécessité de ce que l’on fait a toujours été le moteur de notre travail. Ça a toujours été important pour nous d’être dans une sorte d’engagement. Le théâtre est encore l’un des rares lieux où l’on peut questionner la réalité, et le fait de jouer est un acte politique fort. »

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+++ La Paranoïa
La Paranoïa, c’est du Marcial di Fonzo Bo pur sucre : un jeu outré, une énergie débordante, un goût évident du plateau, un équilibre maîtrisé entre un délire permanent et un vrai questionnement sur les enjeux du théâtre contemporain. Extraite de l’heptalogie de l’Argentin Rafaël Spregelburg, écrite autour des sept péchés capitaux de Jérôme Bosch (Marcial di Fonzo Bo), la pièce se passe dans le futur. Quelque part entre 5000 et 20.000 après JC, les êtres humains font commerce avec « les intelligences », en utilisant comme monnaie d’échange la fiction, dont les intelligences sont friandes. Cette denrée vient à manquer, et quatre personnages hauts en couleurs sont investis d’une mission périlleuse : comme Jack Bauer, ils ont 24h pour inventer une nouvelle fiction capable de surprendre et rassasier les intelligences. La route est périlleuse, semée de questions sur le langage, les mathématiques, le cinéma, la physique quantique, et la frontière entre le rêve et la réalité de plus en plus fragile.

Sylvia Dubost

La Paranoïa
Mise en scène Marcial di Fonzo Bo et Élise Vigier
Du 19 au 21 novembre au Maillon à Strasbourg
03 88 27 61 81 –
www.le-maillon.com

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Un commentaire pour “Marcial di Fonzo Bo / La Paranoïa”

  1. Théâtre national de Strasbourg : informations, photos, carte, vue satellite dit :

    [...] dit allemand de Strasbourg. On y trouve le Théâtre national de Strasbourg, la Bibliothèque.plan-neuf » Archive du blog » Marcial di Fonzo Bo / La ParanoïaElle était composée de personnes très différentes, d’artistes qui venaient s’essayer à cet [...]

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