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La vie, c’est de la merde
Maître du théâtre d’art, le Polonais Krystian Lupa met en scène Les Présidentes de Werner Schwab, auteur autrichien qui puise la matière de ses pièces dans la laideur et la saleté du quotidien.
Pour Schwab, l’homme n’aime pas l’homme. Profondément et à jamais. Il est vil, veule, stupide et méchant. Rien de le sauvera de sa bestialité primitive, aucune religion, aucune politique, aucun art. Né en 1958 à Graz en Autriche, Schwab partage avec son compatriote Thomas Bernhard une haine pour le théâtre, pour son pays natal et ses habitants, et une langue vitupérante, crue et brutale ; avec Elfriede Jelinek, une façon d’enfoncer ses personnages médiocres, produits d’une Autriche raciste et encore largement irriguée par l’idéologie nazie. Ses textes trouvent leur matériau dans toutes les bassesses humaines, pointent la décadence de notre espèce, dans une langue volontiers provocante où l’homme finit toujours par se confondre avec ses propres déjections. Il avait d’ailleurs réunis une partie de ses textes sous l’intitulé Drames fécaux. Lui qui voulait être une rock star vivait retiré à la campagne où il exerçait l’activité de « bûcheron sculpteur ». C’est ainsi qu’il s’est attaqué à la langue : comme une brute. Werner Schwab écrit sa première pièce en 1990, trois ans avant de se saouler à mort un soir de Nouvel an. En tout, il en écrira une quinzaine.
Pour son traducteur Mike Sens, Schwab est un moraliste. Pour le metteur en scène Krystian Lupa, c’est un humaniste qui, par delà son mépris, éprouve une profonde compassion pour ses personnages. Ces Présidentes, explique Lupa, trois femmes dévotes, bêtes et vulgaires, qui partagent leurs rêves et leur vision du monde dans un intérieur aussi misérable que leur existence, « ne maîtrisent pas la langue. Elles ne peuvent prendre du recul et analyser leur décadence, et sont prises au piège. » Lorsque Marie, jeune, naïve et un peu demeurée, mettra involontairement Erna et Grete face à leur triste réalité, elles commettront l’irréparable. Metteur en scène de Musil, Dostoïevski, Bernhard et Hermann Broch, Lupa renoue ici avec un texte de théâtre, auxquels il avait souvent préféré les romans car « les auteurs de drame pensent trop en termes de théâtre et trop peu en termes de vie ». On ne peut certainement pas dire cela de Werner Schwab.
Sylvia Dubost
Les Présidentes, les 25 et 26 février à la Comédie de l’Est à Colmar
03 89 24 31 78
Tags: Colmar, comédie de l'est, krystian lupa, les présidentes, sylvia dubost, théâtre, werner schwab
