Acteur monstre
Jusque fin janvier, le Théâtre National, le KVS et la cinémathèque de Bruxelles rendaient hommage à Josse de Pauw, immense comédien, auteur, metteur en scène, réalisateur. En mars, c’est au tour du Maillon d’accueillir sa dernière création.
Josse de Pauw, c’est d’abord un corps qui emplit la scène. Une drôle de silhouette, un peu lourde, gauche, ancrée dans le sol ; elle bouge a minima, se déplace parfois, toujours lentement, et de temps en temps lance en avant et fait tournoyer ses bras. La voix est grave, un peu éraillée, presque étouffée, elle peut aussi bien tonner que s’éteindre dans un souffle. Le jeu ne paraît pas un jeu : Josse de Pauw s’empare du texte et cela suffit à le tendre comme un fil et le faire résonner. Il en fait juste assez, dans l’intensité, la fragilité, l’absurde et le tragique, avec un sens inouï du rythme. Il y a chez cet acteur résolument terrien une telle maîtrise de la tension dramatique qu’il finit par atteindre une autre sphère.
C’est la musique qui l’aide à décoller. Né en 1952, membre fondateur du mythique collectif muet Radeis de 1977 à 1984, Josse de Pauw est venu aux mots sur le tard, pour ne plus jamais s’en détacher. Auteur de ses propres textes, comédien ces dernières années chez Guy Cassiers (il adapte Sous le volcan de Malcolm Mowry) et Luk Perceval (époustouflante performance dans Mort d’un commis voyageur), il se produit désormais souvent seul en scène, accompagné de musiciens : le dialogue entre la musique et les mots est devenue son obsession, et la forme du « concert–spectacle », qu’il joue en néerlandais, français, allemand ou anglais, sa spécialité. « Alors que chaque mot que j’utilise quand j’écris un texte est lourd, et pèse tel un ballast, la musique est libre, explique-t-il. J’adore la langue, mais je la déteste quand elle me bloque, alors que la musique libère. Sa dernière création, La Version Claus (De versie Claus), s’appuie sur un texte de Mark Schaevers, écrit à partir d’interviews de Hugo Claus, considéré comme l’un des plus brillants romanciers contemporains d’expression néerlandaise. Un écrivain fantasque et contestataire, proche d’Artaud et membre de Cobra, affabulateur habile qui truffait ses interviews de mensonges, suicidé en 2008, alors que le spectacle est en pleine répétition. « Son langage grésillait et roucoulait et tanguait et crépitait et vous en mettait plein la gueule, écrit de Pauw. […] Et quand il disait quelque chose, ça se passait. » Deux phrases qu’on aurait très bien pu écrire à son propos…
Sylvia Dubost
La Version Claus, du 18 au 20 mars au Maillon à Strasbourg
03 88 27 61 81 – www.le-maillon.com
Photos : Koen Broos
La Version Claus from sylvia dubost on Vimeo.
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