Réveil(s)
Saisir, au saut du lit, l’instant de l’éveil, moment d’abandon où le corps est encore engourdi par la nuit, les gestes lents, bercés par la rêverie, le visage chiffonné, les paupières alourdies, les yeux à peine sortis du nid, égarés, fixes ou éblouis : c’est cette intimité que Christophe Urbain a choisi de photographier dans ces portraits en diptyque auréolés de douceur. « Ce sont des portraits au plus proche des gens, des gens que je connais, que j’aime, que je respecte, et qui ont tous accepté l’idée de se laisser approcher au réveil », dit-il, étonné, touché de cette confiance. Le photographe a installé son matériel la veille de chacun de ces éveils, a procédé au cadrage, puis dormi à côté de ces dormeurs ou récupéré leurs clés, afin de se tenir prêt, le matin venu, à la bonne heure, avec bonheur, à capturer sans heurts la renaissance quotidienne de l’être au monde extérieur. Ce rituel minutieux est sans doute le seul garant de la vérité de l’instant : l’image est déclenchée lorsque, enchevêtrés dans les derniers filaments du songe, « les corps ne sont pas encore repris en main », les mécanismes de protection pas encore enclenchés : résonance sociale en berne, effets de manche, sourires de circonstance et autres tentatives de maîtrise déjoués, impossibles. « Il se dégage pour moi une beauté expressive plus forte dans ce moment entre rêve et réalité, où les visages sont nus, les postures naturelles, vraies, sans artifice. » Cet entre-deux, accessible en général à la faveur d’une intimité avec son amant, son amante, est ici donné à voir sans voyeurisme, dans une légère surexposition (beaucoup de blanc environnant) qui, paradoxalement, déjoue elle aussi toute intrusion dans le secret inviolable du sommeil, son peuplement, ses limbes. Ici, la surexposition protège : elle nimbe (du latin nimbus, nuage), elle enveloppe, elle respecte la distance et neutralise la tentation d’ingérence tout en donnant un vrai corps à ces réveils. La juxtaposition de deux images (le corps et son environnement en quelques détails choisis) participe du même souci et permet d’éviter le même écueil : l’œil circule de l’une à l’autre, fait son chemin comme celui du récent dormeur, balaye la bulle, l’élargit peu à peu, ouvre le paysage, regarde. Cette structure en diptyque, chère à Christophe Urbain, induit une autre forme de narration, « une narration sensible » qui, tout en renvoyant à la propre intériorité du spectateur, entretient un dialogue avec le temps et la lumière. La lumière et le temps : n’est-ce pas finalement ce après quoi courent les photographes ?
Isabelle Freyburger

Tags: Christophe Urbain, Freyburger, Isabelle Freyburger, photo, Réveils, Série, Urbain

16 octobre 2008 à 18:44
subtil et vrai, délicieuse idée, j’aime !!!!
7 novembre 2008 à 10:47
Les gueules d’amour !!!
excellent !
biz
jb
14 janvier 2009 à 21:09
Très chouette
11 avril 2009 à 10:46
en fait, mon prénom, c’est “Emmanuel”…
bye