Sous le Règne De Beth
A quelques encablures des présidentielles américaines, ne cherchez plus qui est le symbole de l’Amérique, moderne et décomplexée. Elle fait 1m50 pour 80 kilos, elle a donné l’été dernier aux Eurockéennes de Belfort un concert stratosphérique. Elle s’appelle Beth Ditto.
Sur la base du Malsaucy, l’été dernier pour les vingt ans des Eurockéennes, nous avons vu des beaux concerts, des décevants aussi, des mal foutus, des trop courts et des beaucoup trop longs. Bref, un festival, avec son lot de pépites et de toc. Et puis il y a eu le concert de The Gossip sous le chapiteau et là on entre dans une autre dimension. Un brin polémique. Deux camps se narguent : les fans qui font de ce concert le plus beau de l’édition à Belfort (haut la main) et les catastrophés qui ne supportent pas plus d’une minute voir gesticuler Beth Ditto (alors imaginez-la finir son concert en sous-vêtements, ce n’est vraiment pas possible !). Pour éviter toute confusion, autant vous dire d’emblée que je fais partie de ceux qui sont restés scotchés devant la scène, abasourdis puis hébétés. Je suppose que depuis quinze ans, je couvre des concerts pour ressentir ce genre d’émotion. Impressionnant. Surtout, on ne peut pas reprocher à The Gossip de surfer sur une hype quelconque. Leur album date de 2005 ! On abat des groupes pour moins que cela, croyez-moi. Ils étaient d’ailleurs déjà venus à Belfort trois ans auparavant dans l’anonymat le plus complet. Tout cela c’était avant que le phénomène Ditto se mette en marche pour des bonnes et des mauvaises raisons, soit dit en passant… Ainsi le côté « je suis grosse, je l’assume et je vous emmerde » ne me paraît pas vraiment le plus politiquement osé, et puis entendre des brindilles à la limite de l’anorexie trouver « super cool » Beth Ditto et vachement « courageuse », ça sent un peu la bonne conscience à prix raisonnable. Il faut davantage se pencher sur la civilisation américaine pour mieux comprendre le raz de marée Gossip. D’abord il y a cette voix, et je mets au défi celui qui ne connaît pas physiquement Beth Ditto et qui écoute un de ces morceaux de ne pas dire : « Cette noire américaine a une voix exceptionnelle ». Notre génération n’a pas connu Janis Joplin, Beth sera notre Janis. Puis il y a ce morceau : Standing in the Way of Control, en passe de devenir mythique. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il restera pour l’éternité le brulot anti-Bush que les démocrates n’auraient pas même pu rêver. Il est l’œuvre d’une lesbienne ultra politisée, pour cela Beth aussi, merci. Enfin, il y a ces prestations live régulièrement cataclysmiques qui convoquent dans un même élan les fantômes des Stooges, du MC5 et de Janis Joplin. De véritables directs au foie. D’ailleurs il n’est pas rare d’entendre the Gossip jouer les quatre premières notes de I Wanna Be Your Dog des Stooges ou Psycho Killer des Talking Heads avant d’enchaîner sur leurs propres compositions pyromanes. Beth Ditto finit alors immanquablement ses concerts en sous-vêtements, se jette dans la foule, fait trois fois le tour de la salle dans l’hystérie collective la plus complète.
Je mesure souvent l’importance d’un concert au fait que j’en parlerais ou non à mes hypothétiques petits enfants. Je leur parlerai immanquablement de Beth Ditto. Une icône américaine du 21e siècle.
Découvrez The Gossip!
EP Blondeau
Photos : Vincent Arbelet
quelques vidéos:
Standing in the way of control à Belfort en 2005
Un final apocalyptique aux Eurocks 2008
