bande dessinée // Henning Wagenbreth / Chaumont 2009

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Go East

Présentation du détonnant lauréat du concours d’affiches de Chaumont. Élevé à l’ombre du Mur, membre du collectif PGH Glühende Zukunft, cet illustrateur international, graphiste, affichiste, auteur de bandes dessinées, décorateur de théâtre, demeure étrangement inconnu chez les francophones.

Article paru dans le magazine novo

Henning Wagenbreth dans l’exposition Tobot-automated illustration systems à Fumetto 2008 tobot_luzern_poster_03.indd
La quarantaine, professeur d’illustration à l’Universität der Künste de Berlin, illustrateur pour Libération (notamment les pictos de l’agenda) ou le New York Times, affichiste, graphiste, auteur de bande dessinée issu de l’underground est-allemand, Henning Wagenbreth, est un artiste marquant, œuvrant dans des styles puissants et aisément identifiables. Pour autant, il est ici joyeusement ignoré et il aura fallu quant à nous l’exposition Tobot, lors de l’édition 2008 de Fumetto à Lucerne, pour que l’on l’identifie pleinement. En dépit des éditeurs suisses, qui peuvent jouer le rôle de pivot entre la bande dessinée allemande et le monde francophone, ou des efforts des éditeurs « indépendants » comme l’Asso ou Flblb, la richesse qui s’étale par exemple dans les pages de l’excellent magazine germanophone Strapazin, ne passe le Rhin ou les Alpes que par bribes (Nicolas Malher, Thomas Ott, Anna Sommer, Ulf K., Ulrich Scheel…).

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À l’ombre du Mur

Né en 1964 dans une bourgade de R.D.A., Henning Wagenbreth, découvre vite qu’embrasser une carrière dans le graphisme et le dessin constituent bonne manière d’échapper au contrôle de l’État. Ses influences les plus anciennes ne viennent pas tant des rares bandes dessinées allemandes qui lui tombent sous la main chez des amis, que d’illustrateurs populaires du XIXe siècle, de l’imagerie polonaise, ou de reproductions de peintures de Saint-Sébastien percé de flèches, ou de la tête décapitée de Jean le Baptiste, qui le marqueront durablement.
Avec pour premiers professeurs un grutier dessinateur amateur et le peintre Gerhard Wienckowski, il lui faudra longtemps avant de pouvoir intégrer une école d’art ou de graphisme où les places sont très disputées. Un stage de plusieurs mois chez un imprimeur où les artistes Berlinois venaient expérimenter leurs impressions lui révèle l’importance de ces techniques, un bagage qu’il emporte une fois accepté à l’école Supérieure d’Art de Berlin-Est où il se spécialise dans la typographie et l’illustration. Dès lors, pour lui dessiner des lettres ou des images lui procurera un plaisir égal. Dans les années qui précèdent la Chute du Mur, affichage sauvage, micro-édition, revues underground d’illustration/BD/graphisme, sont autant une expression artistique qu’un engagement militant que Wagenbreth partage avec ses complices du collectif, PGH Futur Radieux (Produktionsgenossenschaft des Handwerks, Glühende Zukunft), Anke Feuchtenberger, Holger Fickelscherer et Detlef Beck.

Henning Wagenbreth_Affiche pour le Jazzfest de Berlin 2003.jpg Henning Wagenbreth_Cry for Help_1.jpg Henning Wagenbreth_Cry for Help_2.jpg

Géométrie variable
Dans les années 90, c’est l’explosion libératrice, les artistes de Berlin-Est sont très demandés et à l’occasion d’une résidence d’un an à Paris, Wagenbreth découvre un monde de l’illustration-édition en pleine effervescence : la mouvance Bazooka, Pascal Doury, Marc Caro, Loustal, Petit-Roulet, Bruno Richard. Mais c’est surtout l’occasion d’une rencontre déterminante en la personne de Mark Beyer, père d’Amy and Jordan, un des piliers du magazine Raw d’Art Spiegelman. Couleurs vives, dessin naïvement géométrique, minimaliste, univers dépressif hanté par la mort sont également constitutifs de ses créations et de celles du Berlinois.
Selon l’objet des commandes que Wagenbreth réalise, ou de ses désirs de création, les supports, les techniques varient énormément de la linogravure expressionniste au futurisme punk pixellisé par ordinateur. Il réalise des affiches de théâtre ou de festivals, se mitonne des petits livres imprimés au petits oignons, qu’il s’agisse de livres jeunesse (Mond und Morgenstern, histoire de Wolfram Frommlet), d’illustrer des mails d’arnaque africains (Cry for Help) ou de tailler un costard surréaliste à un Napoléon zombie (The Mystery of Saint Helena). Son univers se décline en animations flash, en illus pour Palm Pilot (Plastic Dog, finalement parues dans Die Zeit), en peinture et, pour être sûr de ne pas être à court de récits, il a développé Tobot, un système informatique, capable de générer des récits en image de manière aléatoire en reprenant le principe des cadavres exquis.

Corrosif, souvent cruel, désireux de déranger plutôt que de plaire dans ses récits, Wagenbreth cherche toutefois à séduire par sa brillante maîtrise de couleurs. « Au départ vous vous dites : « Oh !, ça à l’air beau ». Ça ressemble à quelque chose de divertissant, c’est comme ça qu’on leurre les gens, qu’on les implique pour les confronter à un contenu plus noir. Si je m’en tenais à la seule horreur, les gens regarderaient une page et refermeraient aussitôt le livre. », affirmait-il en 2007 à Rick Poynor, dans Print Magazin. Volontiers expérimentale, dérangeante, politiquement acide, l’œuvre d’Henning Wagenbreth possède également un fort pouvoir d’attraction, mais pourquoi diable continue-t-on à l’ignorer en France ?

Fabien Texier

http://www.wagenbreth.de
Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont du 16 mai au 14 juin

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