L’architecture support du rêve
Le plasticien allemand Jan Kopp investit totalement le Frac Alsace avec une structure étrange que le spectateur est invité à habiter, physiquement et mentalement…
Depuis les berges de l’Ill, à travers la façade vitrée du frac, on voit se déployer une forme organique étrange, qui a envahi tout l’espace d’exposition et semble s’apprêter à se répandre de la ville. Par endroits, elle appuie ses tentacules sur la vitre pour soutenir sa croissance… À intervalles irréguliers, un brouillard envahit la salle, faisant disparaître puis réapparaître ces formes imbriquées. Forcément, on a envie d’y pénétrer, de se perdre dans les méandres infinis de cette structure qui évoque aussi bien une architecture folle que la touffeur d’une jungle. Un paysage utopique conçu par le plasticien allemand Jan Kopp et construit pendant trois semaines par plusieurs paires de mains, qui ont chacune donné forme à cet agglomérat d’imaginaires… dans lequel celui du spectateur est invité à vagabonder. « L’important pour moi est que cette structure est une composition ouverte, abstraite, explique Jan Kopp, qui en soit n’est pas une image précise de quelque chose mais qui peut être une image de quelque chose. C’est un peu le même effet que lorsqu’on regarde les images dans le ciel, ce qu’on y voit dépend du point de vue et de l’imagination de chacun. » Ungebautes, littéralement non construit en allemand, évoque en effet l’idée que cette structure, cette œuvre, est non finie… qu’elle pourrait se prolonger dans l’espace mais aussi que c’est au spectateur de la « terminer », de la « finir » en lui donnant un sens, une interprétation, un titre…
Et pour lui donner un sens, pour « l’imaginer », il faut l’éprouver : Ungebautes n’est pas une œuvre qu’on regarde, on n’a d’autre choix que d’y circuler. On cherche son chemin, on se cogne, on fait demi-tour, on se perd presque… « On est aussi conscient de notre présence, comme le dit Jan Kopp. On est tout le temps dans la découverte, dans des limites, on cherche son chemin, on est conscient de notre perception. Il y a aussi une odeur avec ce nuage de fumée. Cela fait appel à nous et à nos sens. » À nos sens, à nos sensibilités et à notre esprit. Les formes de Ungebautes laisse deviner qu’elle a bien été conçue par la main de l’homme, suivant un plan et un dessein qui nous échappent… et qu’il s’agit de reconstituer ou d’imaginer.
Sylvia Dubost
Ungebautes vu par Olivier Grasser, directeur du Frac Alsace
« Dans le travail de Jan Kopp, il y a l’idée d’expérience, de partage des expériences, de croisement des disciplines et des langages. C’est souvent un travail sur la façon dont les langages circulent, dont les êtres se comprennent et peuvent échanger leurs langues.
Il m’a proposé ce projet qui met en jeu cette notion d’expérience mais aussi toute une dimension utopique par rapport à l’architecture. Il est l’héritier de ces artistes qui ont interrogé l’architecture, qui l’ont pensée comme autre chose qu’une forme fonctionnelle mais également comme un territoire public, un territoire commun dans lequel on peut se rencontrer, agir ensemble et duquel naît une forme, improbable, imaginaire.
Pour moi elle évoque un immense rhizome, une forme à la croissance organique qui ne s’arrêterait pas là, on aurait envie de la voir sortir, de la voir se répandre hors du Frac, mais elle joue aussi beaucoup avec l’espace, elle vient contredire l’architecture. Elle est un noyau d’énergie, elle est un agrégat d’imaginaires, de mains, de gestes divers et ça se voit dans les différentes parcelles de la sculpture car c’est aussi une sculpture. On repère des énergies, des rythmes différents. »
Jan Kopp, Ungebautes, jusqu’au 4 mai au Frac Alsace à Sélestat (67)
Quelques images du vernissage :
http://www.youtube.com/watch?v=xMqrAIcWWTA
http://www.youtube.com/watch?v=t0QyvpRLcx4
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